Les écarts de competences de vente…

Selling@Zero Distance

L’écart n’est pas chez votre commercial

Quand le chiffre décroche, presque tous les dirigeants ont le même réflexe. Évaluer l’équipe. Noter les compétences. Repérer les lacunes. Bâtir un plan pour les combler.

C’est propre. C’est défendable. Ça ressemble à de la rigueur.

Et, sans bruit, ça mesure la mauvaise chose.

L’hypothèse cachée

Toute évaluation de compétences repose sur un présupposé enfoui : qu’un commercial est un système fermé. Un paquet de compétences (questionnement, écoute, traitement des objections, rythme de relance) qu’on pourrait inventorier, noter de un à cinq, et recharger là où le chiffre est bas. Amenez chaque compétence à la maîtrise et la performance suivra.

Mais une vente ne se joue pas à l’intérieur du commercial. Elle se joue dans l’espace entre deux personnes. Le commercial le plus à l’aise de la boîte calera face à un acheteur dont il n’arrive pas à se rapprocher, et un commercial « mal noté » signera parce que, dans cette pièce, la distance était courte.

La performance vit dans la relation, pas dans le CV de compétences que le commercial apporte avec lui.

Notez le commercial isolément et vous n’aurez mesuré qu’un seul côté d’un événement à deux. Puis traité le chiffre comme s’il expliquait le tout.

Plus de technique n’est pas la réponse

Une seconde hypothèse se cache sous la première : que le chemin vers une meilleure vente, c’est plus. Plus de compétences, plus de méthodes, plus de choses que le commercial devrait consciemment bien faire.

Quiconque a étudié la performance, dans n’importe quel domaine, sait que ça marche rarement comme ça. Tim Gallwey l’a posé clairement il y a des décennies : la performance égale le potentiel moins l’interférence. Le goulot d’étranglement, c’est rarement une technique manquante. C’est l’interférence posée par-dessus une capacité que la personne possède déjà : la conscience de soi, la pression, le bruit de celui qui en fait trop.

Voici la partie inconfortable. Une grille détaillée, tendue à un commercial sur trente compétences, est elle-même une source d’interférence. On ne rend pas quelqu’un plus présent dans une conversation client en le rendant plus conscient de tout ce qu’il pourrait mal faire. Le jugement n’aiguise pas la performance. La conscience, oui, et les deux ne sont pas la même chose.

Les symptômes ne sont pas les causes

Regardez les items qui reviennent dans presque toutes les évaluations comme des lacunes à corriger : écoute active, meilleures questions, traitement des objections, relance. Ce ne sont pas des causes. Ce sont des symptômes.

Un commercial qui écoute mal, qui pitche avant d’avoir compris, qui répond à chaque objection par une remise : ce commercial ne rate pas un module de technique. Il opère à distance. Drillez le script d’objection autant que vous voulez ; si la distance relationnelle est grande, les objections reviennent sous d’autres habits. Vous soignez les feuilles et vous ignorez la racine.

Une meilleure question de diagnostic

La bonne question n’est pas quelle compétence manque à cette personne. C’est où se trouve la distance.

Je la trouve à trois endroits.

Distance intérieure

L’écart entre le commercial et sa propre clarté, son calme, sa présence.

Distance relationnelle

L’écart entre le commercial et l’acheteur : la confiance, la compréhension, la qualité du lien.

Distance structurelle

L’écart entre le commercial et sa propre organisation : le management, les systèmes, le soutien qui devrait être derrière le deal et qui, souvent, ne l’est pas.

Nommez la distance et la solution devient le plus souvent évidente, et ce n’est généralement pas un module de formation. C’est le retrait d’une friction, pas l’ajout d’une compétence.

Mesurez la vélocité, pas des instantanés

Rien de tout cela ne veut dire arrêter de mesurer. Ça veut dire mesurer la bonne chose, au bon niveau.

Un instantané de compétences vous dit à quoi ressemblait un commercial le jour où on l’a noté. Il dit peu de chose du système qui, lui, produit réellement le chiffre. Et ce système a une forme :

V =
Vélocité des ventes
Nombre
d’opp.
#
×
Valeur
des opp.
×
Win
ratio
%
L
Durée du cycle

Chaque levier de cette équation est en aval de la distance. Le win ratio monte quand la distance relationnelle et la distance structurelle baissent. Les cycles raccourcissent quand la friction quitte le processus. C’est une mesure que vous pouvez réellement faire bouger, et elle pointe vers la relation, pas vers le rapport de carences d’un individu.

Mieux encore : c’est une mesure au service du mouvement. Le travail n’est pas de voir un écart et de le noter. C’est de voir, de mesurer, puis d’animer : continuer à travailler le système vivant plutôt que de classer un verdict figé sur une personne.

Le recadrage

L’instinct d’évaluer le commercial part d’une bonne intention. Les dirigeants veulent de la visibilité avant la fin du trimestre, pas après. Cet instinct est juste.

Mais l’écart est rarement chez votre commercial. Il vit dans la distance entre votre commercial et le monde de l’acheteur, et vous ne le trouverez pas sur une grille faite pour noter des individus de un à cinq.

Si l’écart n’est pas chez votre commercial,
où est-il ?